Les vignobles des chemins de Compostelle


vignobles des chemins de Compostelle

Les vignobles des chemins de Compostelle

Bonum Vinum aime la marche à pied. Quand on pratique la grande randonnée en France, on est amené inévitablement à traverser de beaux vignobles et à se trouver sur l’un des chemins principaux ou secondaires qui mènent à Compostelle tant ceux-ci constituent un maillage du territoire.

Les vignobles des chemins de Compostelle, c’est le titre d’un ouvrage écrit par Pierre Casamayor, oenologue et Eric Limousin, historien, tous les deux maîtres de conférence, paru en 2003 chez Hachette.

Qu’en est-il des chemins ?

« Certains ont disparu sous le goudron et ne figurent plus sur les cartes dressées par les historiens [….] Seuls sanctuaires et abbatiales, tels des vaisseaux de pierre, demeurent comme autant de repères » (p. 13). Il semble évident que les pèlerins du Moyen-âge privilégiaient les fonds de vallées et les transports fluviaux courants et plus sûrs à l’époque que les forêts parsemées de dangers. « Le pèlerin passe par où il peut » (p.21), il cherche les ponts, les gués, les raccourcis, les hospices.

Qu’en est-il de St Jacques ?

Apôtre du Christ mais l’Évangile en parle peu. Par la suite, on trouve des récits hagiographiques dont les sources sont peu fiables, d’autant que les St Jacques sont légion. C’est l’évêque Isidore de Séville (VIIème siècle) qui attribue à Jacques le Majeur l’évangélisation de l’Espagne afin que celle-ci ait un initiateur au même titre que les autres territoires (Philippe pour la Gaule). Nous sommes dans la période de l’invention des reliques ; invention car elles sont fausses pour la plupart. Celles de St Jacques, selon la légende, seraient parvenues en Galice par bateau depuis la Palestine. Le mythe de Santiago n’est pas synonyme de pacifisme : d’un côté, il est « la cible des adversaires de la chrétienté », de l’autre, « il est le libérateur des prisonniers des chaînes musulmanes. La transformation de l’apôtre en Santiago Matamoros (tueur de Maures) est reprise par l’iconographie et le statuaire » (p.15-16). C’est au XIIème siècle que commencent les pèlerinages pour décliner au XVIème siècle avec les guerres de religions.

A Conques

Et la vigne sur les chemins de Compostelle ?

Le vin étant nécessaire à la messe, les vignes sont présentes un peu partout sur le chemin des pèlerins, même dans l’Espagne al Andalus musulmane très tolérante. On cultive les cépages Fromentel (blanc), Morillon (rouge) et d’autres plus médiocres mais plus productifs comme le Gouais (ancêtre du Chardonnay), le Fromentel, le Savignien, le Rochelle, la folle blanche (Gros Plant), le Gamay, le Muscat, l’Ebling en Allemagne, l’Allobrogia dans le sud et la Biturica, le Picardan, la Malvoisie, le Vaccarese, le Terret, le Picpoul, ; en Gascogne, le Duras et l’Ondenc. Les Croisés ramènent d’Orient le Mavro (Négrette à Fronton). Les vins sont fragiles et souvent médiocres, les vinifications n’étant pas encore maîtrisées. Ils sont souvent aromatisés.

Une analyse des vignobles européens

Les pèlerins arrivent de toute l’Europe ; c’est à une analyse de tous ses vignobles que se livrent les auteurs en suivant une à une les voies qui mènent en Galice. Encore un livre sur les chemins de Compostelle mais celui-ci présente un regard nouveau mêlant œnologie et architecture des lieux. il est surtout à conseiller pour mieux connaître les vignobles hors de France : Allemagne, Luxembourg, Suisse, Italie, péninsule ibérique et même l’Angleterre (eh oui!).

La fin du livre est fortement d’actualité :

On parle d’un certain Arnaud qui, au lieu de rentrer par le même chemin, décida de filer vers Cordoue dont l’université avait rassemblé « docteurs, savants et l’ensemble des savoirs musulmans, juifs et chrétiens en une clarté tolérante qui faisait suite aux fondements de l’enseignement grec et égyptien. Médecins, philosophes, mathématiciens et astronomes venaient consulter la bibliothèque, devisaient et progressaient ensemble au cours d’une de ces rares respirations pendant lesquelles l’histoire suspend violences et barbaries […] Oui, cet homme était bien parti vers le sud, car, après sa longue quête de sacré, il avait eu soif de savoir. » (p.302-303)

Les vignobles des chemins de Compostelle est encore trouvable en VPC.

 

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